Le gnourf

— Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
— On ne sait pas trop professeur, un gnourf, je dirais.
— On l’a trouvé dans un cratère, plus bas dans la vallée, dit le deuxième homme.
— Un gnourf ? Et vous l’avez scanné avant de ramener cette… chose au camp de base ?
— Ah, parce qu’il fallait la scanner en plus ?
— Non, mais vous plaisantez ? Nous sommes sur une planète inconnue, avant de faire quoi que ce soit, vous devez tout passer au scanner ! Sans le savoir, vous êtes déjà porteur de je ne sais quelle bactérie mortelle qui nous tuera tous !
— Je vous rappelle que Gurt et moi ne sommes pas des scientifiques ; notre boulot c’est l’entretien des moteurs à protons, pas de chasser des bestioles.
— Mais alors… pourquoi l’avez-vous appelé gnourf ?
— C’est le cri qu’elle a poussé quand on l’a capturée : gnourf, gnourf, dit l’homme hilare imitant sa prise.

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L’envol

Micronouvelle – temps de lecture : moins d’1 minute.

L’homme coupé en deux n’afficha aucune émotion quand son corps tomba dans la caisse avec un bruit sourd. En une fraction de seconde, les cris horrifiés de l’assistance couvrirent les sons stridents de la machine dont les lames continuaient leur course sans faiblir.
Le levier encore en main, César resta figé quelques secondes, surpris de l’efficacité de sa création. Des gouttes de sueur coulaient le long de ses tempes et il serra les poings pour ne pas trembler. L’enjeu était colossal et le dénouement crucial pour son avenir.
Quand il se retourna, les bras tendus vers le ciel. La victime semblant atterrir de nulle part, émergea d’un nuage de fumée dans un tonnerre d’applaudissements spontané. À cet instant, César savait que sa carrière de magicien allait enfin prendre son envol.

Besoin vital

Temps de lecture = moins d’une minute.

     Après une longue traque qui a augmenté ma faim. Je n’ai qu’une hâte, trouver une proie qui permettra de me sustenter. Ce que j’aime par-dessus tout ; croquer dans leurs chairs, jeunes et fermes, faire gicler un liquide vital abondant, signe de bonne santé, puis accroître mon envie en humant les fragrances subtiles qu’elles dégagent.
Quelques fois, je dois lacérer une peau trop épaisse ou trop dure que j’arrache sans ménagement et abandonne sur place, mais la plupart du temps, je ne laisse aucune trace de mon passage.
Dès mon plus jeune âge, on m’a appris que je devais contrôler mon appétit, ne pas gâcher une nourriture devenue rare au fil du temps. La cuire pour la conserver plus longuement. La négliger pour assurer notre avenir et lui permettre de mourir de vieillesse pour qu’elle se multiplie.
Dans ce cycle de la vie, j’ai également habitué mes enfants à s’en nourrir, découvrir les bienfaits de cet acte naturel. Plus tard, je leur expliquerai comment leur donner vie et bien sûr, les récolter.

 

Besoin de toi !

Nouvelle réalisée pour le prix Court et Noir 2018  de short-édition (finaliste).
Les besoins sont-ils les mêmes pour chacun ?
Temps de lecture : moins de quatre minutes

Valérie

6 h 30.
Sur le quai A de la gare de Lyon la Part-dieu, j’attends avec impatience mon train qui tarde à venir. Le vent d’automne traverse mon manteau, il me glace le sang, je tremble comme une feuille. Autour de moi, des hommes d’affaires, des commerciaux, tous les habitués des trajets de semaine parlant commandes et chiffres. Enfin il arrive. Je m’empresse de monter, la chaleur du compartiment va m’être salutaire. Les portes claquent, une secousse, le train démarre, je me rapproche de toi.

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Ghost in the Shell

Temps de lecture : moins de deux minutes

   Être virtuel, je ne suis rien. Quelques lignes de code assemblées aléatoirement, un fantôme dans la machine, des octets éphémères qui peuvent disparaître à l’extinction d’un ordinateur. Je me définis comme une conscience instantanée surgie des codes ASCII frappés sur vos claviers.

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Deux cent millions

Temps de lecture : 1 minute

Aujourd’hui, j’ai gagné deux cents millions d’euros à la Loterie. Oui, vous avez bien lu, 200 millions. Un hasard. Je souhaitais acheter des timbres et le buraliste n’en avait plus, du coup, j’ai joué au Loto, comme ça, sans raison. Je n’arrive toujours pas à réaliser l’importance du montant ni du nombre de zéros que cela représente. J’ai quitté l’école très jeune, vous savez. Vu mon salaire actuel, il m’aurait fallu des milliers de vies pour espérer une somme pareille. C’est fou !
Et maintenant ? Dois-je en parler à ma femme ? À mes enfants ? À mes amis ? Et surtout, comment vont-ils réagir ? Continuer à lire … « Deux cent millions »

Born to be Wild

Temps de lecture : moins d’une minute

     Je retire mon casque. L’Illinois est derrière moi maintenant. Bientôt, je serais en vue de Saint Louis. Appuyé sur ma selle, je respire à pleins poumons. Cela fait des semaines que je prépare ce road-trip et j’ai encore du mal à croire que je suis là ; les paysages ont été pour l’instant très verts, très européens, des champs à perte de vue, un peu comme ma chère Bretagne. Mais je sais qu’ils vont changer. J’ouvre cette carte maculée de coups de feutres, elle sera ma meilleure amie tout au long de ce périple. Une préparation minutieuse où j’ai étudié chaque ville, chaque étape qui me permettrait de reposer cette carcasse usée. Reprendre des forces au Bagdad café en plein désert Mojave ou pourquoi pas, faire un détour par Las Vegas en passant dans le Nevada.
Mon visage est sale, la poussière a blanchi mes rouflaquettes impeccablement taillées, cela m’a amusé de les conserver. Je passe pour un Anglais auprès de la population locale, je dois juste éviter d’ouvrir la bouche avec mon accent à couper au couteau. Pour la première fois dans ma vie, je me sens libre, je suis sur la route 66, « the mother road » comme la surnomme les Américains. Devant moi, huit états, 3500 km de bitume et de sable. La Californie et Santa Monica. C’est mon dernier voyage, unique espoir de voir les rives du Pacifique. Le crabe qui me ronge a gagné. Mais dans ma tête, Steppenwolf joue toujours « Born to be Wild ».

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Tout va bien !

Temps de lecture : moins d’une minute

L’homme remit sa cravate en place et se pencha sur son premier adjoint avec un sourire sardonique.

— Ne vous inquiétez pas, mon cher. Tout va bien se passer, je vais les retourner comme des crêpes et après, on ira tranquillement finir nos profiteroles. S’ils étaient belliqueux, nous serions déjà tous morts, non ! Alors, arrêtez avec vos conneries d’apocalypse ! Continuer à lire … « Tout va bien ! »