Zugzwang, nouvelle de Bouffanges

Il y a des choses que l’on a du mal à expliquer, comme ça, sur l’instant; elles vous prennent aux tripes, d’un coup et vous devez laisser passer du temps pour les exprimer. Je ne pourrais pas vous dire pourquoi. C’est peut-être tout bête, mais c’est aussi ça, la magie d’une nouvelle.

Avec Zugzwang, mot allemand signifiant « coup forcé », nouvelle de Bouffanges sur l’Indé Panda 5. L’auteur place le lecteur dans cette situation délicate, mais il ne le sait pas, c’est toute la subtilité, contrairement au protagoniste de l’histoire qui en est pleinement conscient, et on a beau chercher à faire un…
Enfin non, je ne peux pas vous en dire plus sans trop en dévoiler. Il faudra la lire par vous-même, cette nouvelle est, sans aucun doute, une autre pépite de l’Indé Panda.

J’ai aimé la manière dont l’auteur a construit son texte. C’était risqué, audacieux, un peu comme certaines parties d’échecs où l’on essaye de déstabiliser l’adversaire, le surprendre pour le mettre mat.
Chez moi, cela eut un double effet « Kisscool ». L’histoire d’abord, qui en elle-même est magnifique, je me suis vite pris d’affection pour le héros; oui, je veux l’appeler comme ça, parce que pour moi, cet enfant est un héros, même si son entourage ne le comprend pas. Ensuite, je dois vous avouer que le deuxième effet est très personnel. Fervent lecteur des livres dont vous êtes le héros dans ma jeunesse, je me suis facilement pris au jeu et des souvenirs enfouis en moi sont remontés en surface. Bouffanges a su reproduire ce système à la perfection; sachant que cela demande beaucoup de travail pour être cohérent; pousser le lecteur à poursuivre l’histoire et surtout la reprendre encore et encore. Pour ma part, je l’ai faite trois fois, toujours en attente de quelque chose, mais comme je l’ai déjà écrit plus haut, pour le savoir, il faudra le découvrir par vous-même.

l’IndéPanda est un recueil gratuit de nouvelles disponible sur amazon ou Kobo, 10 nouvelles, 10 auteurs à découvrir.

Iris, viens je t’emmène, nouvelle d’Emilie Trévalet

Ma lecture d’ Avis de passage, la nouvelle d’Émilie Trévalet présente dans L’indé Panda n°4 m’avait frappé dans son écriture. Sa façon de présenter les personnages, de relater cet échange privilégié d’une femme et d’un médecin d’un certain âge, riches d’histoires et d’expériences humaines pour reprendre ses termes.

Aujourd’hui, j’ai lu, Iris, viens je t’emmène, une nouvelle rafraîchissante. Le carnet de voyage d’une jeune femme qui affronte ses peurs et sort de sa zone de confort. Parce que se décider à voyager, est déjà une aventure pour Iris.
Les 25 pages qui constituent cette nouvelle se lisent d’une traite. Cela paraît court, mais ne vous y trompez pas; c’est d’une incroyable richesse et j’adore le côté écocitoyen de l’auteure.
En premier lieu, Émilie Trévalet nous présente les personnages, juste ce qu’il faut pour les rendre attachants, pour nous donner l’impression de les connaître et peut-être même de les avoir croisés un jour. On aimerait tous avoir un oncle Oscar qui nous embarquerait un matin dans de folles aventures. Puis l’auteure nous transporte dans la partie Bolivienne de la Cordillère des Andes et… La suite, découvrez-la vous-même. Le décor est planté, il ne vous reste plus qu’à vous laisser emporter par ce merveilleux voyage si riche en descriptions.

Liens à retenir :
Iris, viens je t’emmène d’Émilie Trévalet sur Amazon (ebook gratuit).
La page facebook d’Émilie.
L’indé Panda 4 sur Amazon où vous pourrez retrouver Avis de passage.
La page facebook de l’indé Panda, recueil gratuit de nouvelles de différents auteurs.


Le Pacte

Couverture

Avril 2019
Le Pacte, nouvelle de 30 pages.
Public cible : jeunes adultes, adultes.
Genre : contemporain, choix, amitié, amour.

Résumé :
À l’aube de leur dixième année, Nathalie et Stéphane ont scellé un pacte pour une amitié éternelle. Mais vingt ans plus tard, les aléas de la vie rendent les choix et les promesses difficiles à tenir.

Disponible en ebook gratuit sur KoboAmazon ou sur demande directe à l’auteur.

Besoin de toi !

Nouvelle réalisée pour le prix Court et Noir 2018  de short-édition (finaliste).
Les besoins sont-ils les mêmes pour chacun ?
Temps de lecture : moins de quatre minutes

Valérie

6 h 30.
Sur le quai A de la gare de Lyon la Part-dieu, j’attends avec impatience mon train qui tarde à venir. Le vent d’automne traverse mon manteau et me glace le sang, je tremble comme une feuille. Autour de moi, des hommes d’affaires, des commerciaux, tous les habitués des trajets de semaine parlant commandes et chiffres. Enfin il arrive. Je m’empresse de monter, la chaleur du compartiment va m’être salutaire. Les portes claquent, une secousse, le train démarre, je me rapproche de toi.

J’ai pris ce billet sur un coup de tête. Je n’en pouvais plus d’attendre, mon être entier hurlait mon envie de toi, cela devenait insupportable. Notre rencontre quelques semaines plus tôt avait été banale. Véro, ma meilleure amie, m’avait traîné sur ce forum où elle discutait avec des personnes de nos âges selon ses termes. « Sort de ton trou, tu déprimes trop dans ton coin » m’avait-elle déclaré. Parce que passer ces soirées devant un écran d’ordinateur, c’était sortir, lui avais-je répondu d’un ton moqueur.
Au détour d’un forum, j’ai lu tes textes et ils m’ont tout de suite parlé. J’ai ressenti tant de souffrance et de nostalgie dans ton écriture remplie d’émotions, vibrant chaque jour davantage .
Les premières phrases échangées à travers nos claviers eurent une résonance particulière. Je ne pourrais pas dire pourquoi ni comment tout cela est arrivé. Pas à pas, nous avons fait connaissance, parlés de notre vie, de nos passions. J’ai ri de ton humour, ta façon d’être à mon écoute, de me comprendre, de toujours trouver les mots qui me touchent et m’ont permis de rompre avec ma solitude.
Mais rapidement, nos messages sont devenus insuffisants, le vide à combler était trop grand, nos rendez-vous quotidiens trop courts et un manque immense les jours où je ne pouvais pas te lire.

8 h 30.
Le train arrive à destination. Mon esprit vacille, mon cœur et ma raison se chamaillent. Et si tout cela n’était que pure folie. Oui, il faut être dingue pour entreprendre un tel saut dans l’inconnu. Que fais-je là, seule, à 450 km de chez moi ?
Nous avons le même âge, presque sur la deuxième partie de notre vie, mais le temps ne m’a pas épargné, j’essaye de compenser mon mètre soixante avec des talons hauts qui me donnent cette démarche chaloupée qui plaît aux hommes. Mes hanches se sont un peu élargies et ma poitrine n’a plus la superbe de mes vingt ans. Les cernes apparus sous mes yeux noisette apportent une certaine tristesse à ce visage fatigué par des nuits d’insomnie et le maquillage ne peut cacher toutes les rides qui se sont formées au fil du temps. Seules mes lèvres pulpeuses restent mon atout majeur et j’ai toujours su en jouer.

Au bout du quai, je te vois avec ton affichette où mon nom est inscrit. Tu me fais signe, je te rejoins d’un pas fébrile, les jambes tremblantes, et comme des pré-ados à leur premier rendez-vous, nous nous embrassons sur les joues, timidement, du bout des lèvres. Tous les deux figés par le stress, une boule au ventre.
Assis l’un en face de l’autre dans ce petit café face à la gare, nous échangeons des banalités. Dans ce train, j’ai pourtant passé deux heures à imaginer cette rencontre, me répétant chaque question, chaque interrogation, inlassablement. Et là, plus rien, mon cerveau refuse de m’aider, j’ai écouté mon cœur alors il se venge, le traître !
Petit à petit, le brouhaha du café disparaît, la foule des voyageurs s’est effacée, nous sommes dans une bulle, hors du temps. Je n’ose pas faire le premier pas. Les minutes passent et je n’en peux plus de cette attente, je m’impatiente. D’habitude, Mathias est plus entreprenant derrière son clavier. C’est peut-être pour cela qu’il refusait que l’on se voit en webcam. Il est très timide.
Comme un appel, je pose négligemment ma main sur la table. J’ai envie du contact de l’homme qui m’a émue, lu dans mon cœur et fait fantasmer de nombreuses soirées avec ses textes « osés ». Lentement, avec beaucoup de tendresse, sa main est venue effleurer la mienne. Il la caresse du bout des doigts comme un objet précieux, fragile. Enfin. Cette sensation merveilleuse que je souhaitais si ardemment me chauffe le sang, mon cœur résonne dans ma poitrine, une flamme s’est allumée en moi et se propage dans mes veines. Je ferme les yeux pour profiter un maximum de ce moment tant espéré, faire tomber toutes mes barrières et m’offrir.

— Valérie ?

Sur mon petit nuage, j’ouvre de nouveau les yeux pour te redécouvrir. Que cet homme est beau, brun avec quelques cheveux blancs, coupé court ; des yeux d’un marron profond d’où brille une flamme qui est pour moi, ses cernes me rassurent, ses rides sont magnifiques, elles lui donnent un charme fou et l’assurance des hommes mûrs dans les bras desquelles on se sent rassurés. Je suis heureuse et lui offre un large sourire.

— Oui, Mathias ?
— Tu es magnifique, je suis heureux que tu sois là.
— Merci Mathias, moi aussi.

Cette journée s’annonce merveilleuse.

Mathias

8h30.

Je n’avais pas ressenti cette excitation depuis des semaines. Valérie a proposé d’elle-même de venir à ma rencontre, c’était jouissif et tout à fait charmant.
Au bout de ce quai, mon affichette « Valérie » entre les mains, je piaffe d’impatience comme un écolier, avec en tête, le planning d’une journée très chargée. Je dois faire vite, vu le peu de temps dont je dispose pour pouvoir profiter pleinement de ce moment.
Je n’ai pas pu éviter l’arrêt au café, mais la salle est pleine, nous passerons inaperçus dans cette agitation. Je déteste tout ce temps perdu. Je sens tellement de testostérone émanée de cette femme, rester calme va être compliqué et rapidement devenir ma priorité. Pour la sortir de sa rêverie, j’ai dû lui frôler le dos de la main du bout des doigts et l’ai invité chez moi. Je n’en pouvais plus de cette attente.
Elle a sursauté au verrouillage de ma porte insonorisée. Valérie s’est retournée brusquement, ses grands yeux magnifiques remplis de terreur ; un regard qui m’a fait penser à un petit animal pris au piège avant la mise à mort, cela m’excite davantage, la lulibérine commence à faire effet.
La vue des protections plastique qui tapissent le sol et les murs du séjour produit toujours ce petit effet sur ces dames, ou alors ! Elle a repéré ma table de travail en inox avec ses étriers et mon outillage qui trône au milieu de la pièce.

Je suis sûr qu’elle a compris maintenant. Son taux d’adrénaline a dû monter en flèche ; cela va lui donner un coup de fouet et lui permettre de gagner de précieuses minutes de vie ; et moi, de plaisir. Nous allons bien nous amuser tous les deux. Je vais commencer par lui arracher la langue et lui couper les cordes vocales ; la dernière m’a vrillé les tympans et mes pauvres oreilles ont souffert pendant trois jours.

Dans un gémissement de douleur, Valérie s’est effondrée au sol, ses membres secoués de tremblements grotesques. Le vendeur avait raison, les huit millions de volts de cette matraque électrique sont très efficaces, mais je vais renouveler l’expérience pour être sûr de son entière coopération.

Avant de partir à la gare, je suis passé par un cybercafé où j’ai pris grand soin d’effacer tous les messages du forum et de supprimer mon compte. Ces textes sont beaucoup plus efficaces que les précédents, il ne m’a fallu que quelques semaines pour la conditionner et la convaincre de venir à moi.
Un peu vieille, Valérie n’est pas vraiment mon type, mais je ne vais pas faire la fine bouche. Elle a un tempérament de feu et je n’ai rien eu d’autre pour me soulager ces dernières semaines. Mon envie est trop forte et sous une pulsion soudaine, je risquais un impair en piochant au hasard dans le cheptel de la capitale, comme l’année passée. Cela m’enlèverait les préliminaires de la traque, ces doux moments où le chasseur que je suis, prépare ses appâts pour ramener ses femmes perdues dans ses filets et les délivrer de leur sort misérable. Une exaltation lancinante m’envahit à chaque connexion et quand une proie vient se prendre sur mes hameçons, elle se change en excitation pure, m’obligeant à me soulager rapidement.

Valérie est partie au bout de 4 heures de jeu, c’est décevant, mais cela reste une bonne moyenne. Par contre, je dois très vite marquer les nouveaux réglages de ma pompe à morphine dans mon carnet pour ne pas les oublier. Au moins, celle-là n’est pas bêtement décédée d’overdose. C’était très frustrant.

La promesse

Participation au prix Imaginarius 2018
Site Short-édition – Temps de lecture : 4 minutes.

    Un bruit sourd sorti Dan de ses pensées. D’un geste rapide, il écarta sa cape et posa la main sur le pommeau de son épée. La nuit tombait rapidement en ce début d’hiver et la ville de Glenstown n’était pas sure depuis que la garnison avait déserté les lieux. Ce quartier n’avait pas connu les batailles, mais de nombreux soldats y étaient venus pour fuir les combats, d’autres pour rendre leur dernier souffle, touchés par l’étrange maladie que propageait l’envahisseur. Durant sa progression, il avait enjambé de nombreux cadavres, les membres tordus et gangrenés. L’odeur de putréfaction était insupportable et lui envahissait les narines à chaque pas. Le capitaine se raisonna, le manque de sommeil lui jouait clairement des tours, il devait rentrer au plus vite. Quand soudain, à moins de dix pas, quelque chose bougea dans l’ombre et une plainte lui parvint.

— Elles arrivent…

Le soldat tira son arme et approcha à pas feutré, prêt au combat. La puanteur s’accentua au fur et à mesure de son avancée et il dut mettre son avant-bras sur son visage pour en atténuer les effets. Sur le pavé, un vieil homme gémissait. Son corps, d’une maigreur extrême n’avait que la peau sur les os. Le miséreux geint de nouveau, une longue lamentation entrecoupée de sanglots, puis s’arrêta dans un reniflement bruyant, laissant place au silence de la nuit.

— Je les entends, elles sont là…

Surpris, Dan mit tous ses sens en alerte, mais seul le souffle du vent lui parvint.

— Qui arrive ? Je n’entends rien ! interrogea-t-il.
— Les ombres… elles… elles viennent me chercher.

Les yeux hagards levés au ciel, le vieillard semblait dans un état second et quand il se rendit compte de la présence du soldat, il poussa un long cri de terreur en se recroquevillant sur lui-même. Pour l’apaiser, Dan s’agenouilla.

— Calmez-vous, je ne vous veux aucun mal.
— Tuez-moi ! Par pitié. Je ne veux pas y retourner ? supplia l’infortuné, je n’en peux plus.
— Il y a eu assez de morts pour aujourd’hui, mon ami. Venez avec moi, mes hommes vous protègeront.

À regret, il allongea le bras. Respirant de nouveau cette pestilence qui lui remplirent les yeux de larmes. L’homme au sol eut un mouvement de recul et se remit à hurler de plus belle.

— Ne me touchez pas, sinon vous mourrez aussi !
— Êtes-vous porteur de la maladie rouge ?
— Si je réponds à vos questions. Promettez-moi de me tuer ensuite.

Dan soupira, les cris du malheureux avaient dû s’entendre à cent pas à la ronde. Le plus sage aurait été de répondre à sa dernière volonté et de continuer sa route. Dans moins d’une heure, la nuit les envelopperait complètement, leur chance de survie deviendrait nettement plus faible.

— D’accord, d’accord, je vous l’assure, confirma-t-il, mais pressez-vous, le temps joue contre nous.

Le vieillard se redressa avec difficulté, frottant du dos de la main une protubérance douloureuse visible sur sa poitrine décharnée. Il prit une grande respiration et attaqua son récit.

— Je m’appelle Hénock, autrefois bâtisseur. Mes compagnons et moi passions de village en village pour proposer nos services.

Le capitaine leva les yeux au ciel. À cette seconde, il regrettait déjà sa décision et pressa son épée avec l’envie d’exaucer sur le champ, le vœu du pauvre hère.

— Lors d’une nuit sans lune, continua l’homme, nous avions décidé de faire halte aux abords de la forêt de Turvald. C’est là que tout a commencé. Il y eut d’abord cette odeur, mélange de chair décomposée et de métal, puis un vent glacial venu du nord nous a engourdi les muscles et a éteint notre feu en une seconde. J’ai été le premier à les voir surgir, mais je n’ai pas eu le temps de comprendre.
— De qui parlez-vous ?
— Des ombres… Gigantesques, venues de nulle part. Elles mesuraient plus d’une toise et demie et dès le premier contact, nous avons sombré dans une profonde léthargie sans pouvoir résister.
— C’est elles qui vous ont transmis cette maladie ? demanda Dan, pour couper court au récit.
— Nous nous sommes réveillés dans un endroit inconnu, reprit le vieillard en ignorant la question, sombre et oppressant. Une odeur épouvantable nous prenait à la gorge, mélange des éléments les plus nauséabonds que cette terre peut enfanter. En panique, j’ai appelé mes camarades. Tous étaient là, mais beaucoup d’autres m’ont répondu. Des hommes et des femmes de tous âges, des dizaines, des centaines peut-être à attendre leur sort, mis en cages comme des bêtes. Quand mon voisin le plus proche m’a expliqué le pourquoi de notre présence en ces lieux. J’ai pensé qu’il avait perdu la raison…

Sa voix s’était éteinte sur les derniers mots. Le vieillard secouait la tête de gauche à droite en poussant de petits gémissements. Le soldat intrigué voulut intervenir, mais il n’en eut pas le temps.

— À l’aube, un rayon de lumière pénétra les lieux et nous sortit de l’obscurité. Je découvris alors que notre prison était une grotte immense. Chaque matin, une cohorte de serviteurs entrait en silence, ils étaient petits, corpulents, vêtus de robes rouge sang. Leurs mains étaient enveloppées de tissus pour éviter tout contact et leur visage masqué d’un voile sombre. Leurs tâches étaient simples, nous maintenir en vie et évacuer les morts. Chaque jour, à l’aide de grands entonnoirs, ils nous gavaient de force comme des animaux que l’on engraisse.
Hénock s’arrêta une nouvelle fois pour reprendre son souffle. Dan soupira, cet homme délirait, cela ne faisait plus aucun doute.
— La nuit, les ombres surgirent de nulle part. Alors, le véritable cauchemar commença. D’un simple contact, elles aspiraient notre essence vitale et je voyais mon corps vieillir à vue d’œil, certains mourraient, d’autres s’effondraient d’épuisement.
— Mais, si cette histoire est vraie. Comment vous êtes-vous évadé de cet enfer ?
— Un imprévu. Une bête sauvage est entrée dans la grotte, déclenchant la panique chez les serviteurs qu’elle a éventrés à coup de griffes. Le cadavre de l’un d’eux a été projeté sur ma cage. J’ai attrapé la clé à sa ceinture et quand l’animal est reparti, je me suis enfui avec les survivants encore valides.

Soudain, Dan leva la tête. Son instinct de vieux soldat se mit en alerte quand un vent glacial lui fouetta le visage. Du fond de la ruelle, quelque chose venait à leur rencontre, ombres difformes et menaçantes, glissantes sur le sol sans bruit, elles rasaient les murs en évitant soigneusement la lumière du soir qui décroissait. À cette seconde, il se maudit de n’avoir pas cru Hénock qui se recroquevilla sur lui-même en hurlant, terrifié.

— Pitié, tuez-moi, vous aviez promis !

Tout se passa très vite, trop vite même pour un combattant aguerri de sa trempe. Le soldat abattit son épée sur la première créature à sa portée, mais la lame traversa l’ombre aussi facilement qu’un parchemin. Emporté dans son élan, il chuta lourdement en lâchant son arme et sa tête heurta le pavé. La seconde le saisit par une jambe et le souleva comme un vulgaire sac de noix. Aussitôt, le froid l’engourdit, il lui revint en mémoire les paroles du vieil homme et la peur l’envahit. De toutes ses forces, il essaya de résister, en vain. À demi inconscient, il vit un trait de lumière traverser la nuit, puis il sombra.

— Capitaine, vous m’entendez ? dit une voix inquiète.
— C’était quoi ces choses ? demanda une autre.
— Je sais pas… Il est mort le capt’ ? questionna une voix plus jeune.
— Mais non, idiot ! il respire.

Dan ouvrit les yeux, trois halos lumineux flottaient au-dessus de lui. Il voulut se relever, mais face à la douleur qui lui traversait le corps, il renonça. Ces voix, ils les connaissaient bien.

— Qu’est-ce que vous foutez là, les gars ? dit Dan d’une voix éraillée.
— On était inquiet, mon capitaine. Alors, on a décidé de vous rejoindre. C’était pas prudent de partir seul.
— Comment avez-vous pu… avec les ombres ?
— C’est le petit qui a eu l’idée de leur balancer sa torche. Ils z’ont pas aimé les bestiaux. Du coup, ils vous ont lâché et ont disparu.
— Et l’homme qui était avec moi ?
— Ils l’ont emmené, on n’a rien pu faire.
— C’était quoi ces… choses, mon capitaine ?
— Notre prochaine mission, messieurs. Dès demain, nous avons une grotte à trouver, j’ai une promesse à tenir.