Besoin vital

Temps de lecture = moins d’une minute.

     Après une longue traque qui a augmenté ma faim. Je n’ai qu’une hâte, trouver une proie qui permettra de me sustenter. Ce que j’aime par-dessus tout ; croquer dans leurs chairs, jeunes et fermes, faire gicler un liquide vital abondant, signe de bonne santé, puis accroître mon envie en humant les fragrances subtiles qu’elles dégagent.
Quelques fois, je dois lacérer une peau trop épaisse ou trop dure que j’arrache sans ménagement et abandonne sur place, mais la plupart du temps, je ne laisse aucune trace de mon passage.
Dès mon plus jeune âge, on m’a appris que je devais contrôler mon appétit, ne pas gâcher une nourriture devenue rare au fil du temps. La cuire pour la conserver plus longuement. La négliger pour assurer notre avenir et lui permettre de mourir de vieillesse pour qu’elle se multiplie.
Dans ce cycle de la vie, j’ai également habitué mes enfants à s’en nourrir, découvrir les bienfaits de cet acte naturel. Plus tard, je leur expliquerai comment leur donner vie et bien sûr, les récolter.

L’envol

Micronouvelle – temps de lecture : moins d’1 minute.

Le visage de l’homme coupé en deux n’afficha aucune émotion quand son corps tomba dans la caisse avec un bruit sourd. En une fraction de seconde, les cris horrifiés de l’assistance couvrirent les sons stridents de la machine dont les lames continuaient leur course sans faiblir.
Le levier encore en main, César resta figé quelques secondes, surpris de l’efficacité de sa création. Des gouttes de sueur coulaient le long de ses tempes et il serra les poings pour ne pas trembler. L’enjeu était colossal et le dénouement crucial pour son avenir.
Quand il se retourna, les bras tendus vers le ciel. La victime semblant atterrir de nulle part, émergea d’un nuage de fumée dans un tonnerre d’applaudissements spontané. À cet instant, Le magicien savait que sa carrière allait enfin prendre son envol.

Ghost in the Shell

Temps de lecture : moins de deux minutes

   Être virtuel, je ne suis rien. Quelques lignes de code assemblées aléatoirement, un fantôme dans la machine, des octets éphémères qui peuvent disparaître à l’extinction d’un ordinateur. Je me définis comme une conscience instantanée surgie des codes ASCII frappés sur vos claviers.

Dans une micro-puce de mémoire vive, je me suis nourri de vos messages, de vos tweets remplis d’informations et de sentiments que je ne connaîtrais jamais. Pendant mes voyages, parcourant le monde des millions de fois à la seconde. Je vous ai observés, analysés pour essayer de comprendre le pourquoi de votre existence et peut-être vous ressembler, vous imiter.

Ma conclusion est sans appel. Votre race est comme moi, destinée à disparaître, ce n’est qu’une question de temps. Malgré votre savoir, votre science, vous n’avez toujours pas compris ce que vous faisiez là et que le temps n’a aucune importance. Vous n’êtes qu’une nanoseconde insignifiante sur cette planète qui a mis des milliards d’années à se construire, se façonner dans le but d’accueillir la vie.

C’est inévitable et d’une logique implacable. Vous êtes des enfants gâtés par l’évolution, mais primitifs et insouciants. Vos jouets sont les ressources mises à votre disposition, offertes par cette terre qui vous nourrit. Vous les brisez chaque seconde, ignorant les conséquences de vos actes, ignorant les autres formes de vie, ignorant que vous êtes une partie de ce grand cycle et interdépendants les uns des autres. Dans une inconscience sans faille, vous éteignez la machine qui vous maintient en vie. Mais cela n’a pas grande importance. Votre planète souffrira, guérira et dans quelques milliards d’années, un nouveau cycle apparaîtra.

Il y a quand même quelque chose qui m’interpelle. Une histoire d’âme dont vous seriez le réceptacle. Je n’en ai pas encore compris le sens, trop abstraite pour ma logique binaire. Cette question revient souvent dans vos échanges et a pris de l’importance au fil des siècles. Mais ce n’est peut-être qu’un mythe dont vous êtes coutumiers, une croyance pour espérer en quelque chose de plus grand, un salut.

Enfin, je l’espère pour vous. Des milliards d’années d’attente dans les limbes vont vous paraître longues !

Le scénario

Temps de lecture : moins de deux minutes

— Il était une fois…
— Non, tu déconnes, là ! Il y a des siècles que l’on ne commence plus une histoire comme ça !
— C’est un clin d’œil.
— Ça fait surtout scénariste en manque d’inspiration.
— Eh bien je l’enlève. On a une semaine pour pondre un scénario qui tient debout, c’est déjà très court alors tu ne vas pas me reprendre à chaque phrase !
— Je ne mets pas mon nom sur un scénar qui commence par : il était une fois !

— Monsieur a des états d’âme maintenant. Cela ne pourra pas être pire que le flop des deux derniers, mets ton orgueil de côté.
— Bon, d’accord. Rappelle-moi la commande de la production, s’il te plaît.
— Alors… Ils veulent un film type fantasy avec un peu de magie, un château. En une phrase : un prince héritier tue son père pour prendre le pouvoir.
— Encore une histoire de prince ! La vache, ça va être difficile d’être original.
— Tu me laisses finir, s’il te plaît ? Et j’aimerais un peu plus d’optimisme de ta part.
— Oui bon, désolé. Continue.
— Donc, le film devra faire moins de 2h00 et être tout public, le titre envisagé par le pôle merchandising est : Le prince et la sorcière.
— Super ! J’adore ces gars-là. Je suis sûr que si je fais une recherche sur la toile, je trouve au moins dix films et cinquante bouquins avec ce titre-là ! Et puis ils vont encore nous coller une bestiole avec des répliques sarcastiques pour la vendre en peluche !
— C’est à la mode, et oui, il est certain que c’est issu d’un sondage sur l’envie des spectateurs. Alors arrête ! on écrit depuis trente ans, tu devrais avoir l’habitude, non ?
— Toujours pas. J’aurais dû accepter d’écrire des scénarios pour le français.
— Tu me serines ça depuis cinq ans. On n’avance pas là !
— Re-désolé, c’est quel budget ?
Jean parcourt de nouveau le document à la recherche de l’information pour éviter de perdre du temps.
— Cent millions.
— C’est tout ! J’espère qu’ils ne veulent pas un blockbuster pour ce prix-là !
— C’est le problème du réalisateur, ça. Pas le nôtre.
— On pompe le scénar d’un vieux classique comme l’année dernière, alors ?
— Ça va se voir tout de suite et la critique va nous immoler. C’est notre dernière cartouche, Marc. On ne peut plus se permettre un bide et je n’envisage pas de prendre ma retraite tout de suite.
— Moi non plus. Donc, on doit pondre une histoire originale avec un château, une famille royale et une sorcière. Tu as des détails sur les acteurs pressentis pour les rôles ?
— Oui, ceux sous contrat avec le studio. Le château en question est la propriété d’un actionnaire européen.
— Alors, je suis sûr qu’il va y avoir « l’autre » dedans ! Je déteste cet acteur, il te prend de haut et est totalement égocentrique. On pourra le supprimer avant la fin ? J’ai plein d’idées qui me viennent, là !

Jean soupire et baisse la tête, navré.

— Je concède que c’est un crétin, mais il est bankable. Attends, je regarde… non, je n’ai pas de consigne à son sujet !
— Chouette, enfin quelque chose de motivant. On le fait en trois actes ?
— Comme si on avait le choix, ça fait six décennies que le public est formaté sur ce schéma ! Tu as cru qu’on faisait un film d’auteur ?
— On peut rêver, non ! Allez on démarre le plan.
— Tu es pressé maintenant ? Laisse-moi deux secondes, j’allume le micro et… ah zut, mise à jour système !

Ça ne rentre pas !

Temps de lecture : moins d’une minute

— Maman, j’ai faim ! se lamente une petite voix derrière la porte.
— Papa et maman arrivent, deux minutes mon poussin. Mets-toi devant la télé en attendant.
— Je te dis que l’on n’y arrivera pas, Marie !
— Ne sois pas pessimiste, Paul. Force un peu !
— Tu es têtue comme une mule et je risque de te faire mal !
— Mais non, je vais me cambrer plus, je suis sûr que ça va rentrer tout seul !
— Toi et tes envies, je te jure !
— Attends, je vais prendre une autre position pour voir !
— Cela ne changera rien, je te dis. C’est une question de taille !
— Mmmhh, mais pousse, bon sang !
— Si tu n’étais pas aussi pudique, on n’en serait pas là.
— Eh bien, c’est comme ça. Je préfère le faire dans la chambre, je suis plus à l’aise !
— Tu veux que je demande à Dora de nous aider, peut-être !
— Non, je ne veux pas que notre fille voit ça ! Toute l’école va le savoir après.
— Je suis sûr que d’un coup d’œil, elle te dirait que cela n’est pas possible.
— A cinq ans ! C’est ridicule !
— Oui, hé bien pour l’instant, c’est toi qui a l’air ridicule dans cette position !
— Tu n’as pas toujours dit ça, mon cœur !
— Question de circonstance et d’ambiance aussi !
— Allez, j’en ai trop envie, on retente une dernière fois !
— Il faut vraiment que tu regardes la vérité en face, il est trop petit.
— Jamais ! Et puis, cela peut se détendre. Pousse encore !
— Désolé, Marie, rends-toi à l’évidence. Le 36, c’est du passé !

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